Nancy, un marché immobilier sous tension : locataires et propriétaires face à l'impasse
À Nancy, comme dans de nombreuses villes françaises, l’immobilier traverse une zone de turbulences. Entre flambée des loyers, baisse des transactions et coûts de rénovation, la situation devient préoccupante. D’un côté, des locataires peinent à trouver un logement abordable. De l’autre, des propriétaires doivent jongler avec des contraintes économiques et réglementaires de plus en plus lourdes.
La situation immobilière à Nancy et en France plus globalement connaît un déséquilibre entre l’offre et la demande. En effet, on observe une saturation progressive du parc locatif alors que de l’autre côté, nous avons une demande accrue en ce qui concerne les biens locatifs. Le montant des loyers a progressé de 5% en un an et de 19% sur 5 ans. Le loyer médian d’un studio en centre-ville se situe désormais entre 400 et 500 euros, contre 380 euros en 2023.
Une menace pour l’attractivité de la ville ?
Nancy est une ville qui doit, en partie, son dynamisme à la population étudiante. La ville a un riche passé minier qui remonte au 19e siècle. La région autour de Nancy était un important bassin d'extraction de minerai de fer, avec plus de quarante mines établies aux alentours de la ville. Cette dynamique industrielle a fait de Nancy une capitale économique, bancaire et boursière importante. L'École Nationale Supérieure des Mines de Nancy en 1919 a contribué à faire de Nancy un centre universitaire important, particulièrement dans les formations scientifiques et techniques. Cette école, fondée pour former des ingénieurs pour les mines et la métallurgie de la Lorraine, a progressivement évolué pour répondre aux besoins changeants de l'économie et de la société. Aujourd’hui, la métropole du Grand Nancy compte environ 33 300 étudiants dont 27 700 n’habitent plus au domicile familial.
Mais si les étudiants ne peuvent plus se loger, qu’adviendra-t-il de cette identité universitaire et ce dynamisme qui fait l’attractivité de Nancy ?
Un contexte économique défavorable à l’achat
Le contexte économique actuel explique forcément une partie du problème. Selon Statista, l'inflation en France était de 5,6% en 2023 et s'est stabilisée autour de 2,3 % en 2024. Cette hausse du coût de la vie réduit le pouvoir d'achat des ménages, limitant leur capacité à investir dans l'immobilier. Alors forcément, pour se loger, la location reste la première solution.
Des propriétaires confrontés à de nouvelles contraintes
Les propriétaires sont bien souvent obligés de procéder à des travaux de rénovation énergétique qui peuvent s’avérer coûteux, ce qui peut les inciter à augmenter le prix des loyers. Néanmoins, ces derniers disposent de 5 aides nationales pour pallier les dépenses, dont MaPrimeRénov' qui est la principale aide de l'État pour la rénovation énergétique, accessible à tous les propriétaires. Les plafonds d’aide sont revenus à la hausse en 2025 et peuvent atteindre jusqu’à 70 000 euros HT pour des rénovations d’ampleur, tandis que pour des travaux de rénovation énergétique d'un appartement de 30m2, le coût estimé se situerait entre 6 000 € et 13 500 €. Un rapport plus récent estime le nombre total de passoires thermiques (logements classés F et G) à 4,2 millions, soit 13,5% du parc au 1er janvier 2024. La loi Climat de 2021 a permis d’instaurer un gel des loyers, pour les logements concernés mais la qualité de vie dans ces appartements est soumise aux risques sanitaires. Face à ces contraintes économiques et réglementaires, l'accès au logement devient un parcours semé d'embûches.
Un marché immobilier en pleine mutation
Si les prix des appartements augmentent, ceux des maisons connaissent une nette baisse. Depuis 2022, la remontée des taux d’intérêt et le durcissement des conditions d’octroi des crédits immobiliers par les banques ont freiné les investissements. Le taux d’endettement ne peut désormais pas dépasser 35 % des revenus. Conséquence : une chute de 11% des transactions en 2024 et une baisse des prix des maisons de 2,5 %, les ramenant à 2 930 € /m². Cette correction s’inscrit dans un contexte de rééquilibrage après une flambée des prix entre 2020 et 2022 (+7 % par an en moyenne).
Un marché qui accroît les inégalités
Dans ce contexte, les politiques capitalistiques pèsent lourdement sur les Français, remodelant en profondeur le paysage immobilier. Cette situation reflète une réalité plus large où les dynamiques du marché, influencées par des facteurs économiques complexes, ont des répercussions significatives sur l'accessibilité au logement. La combinaison des facteurs évoqués a créé un environnement où l'acquisition d'un bien immobilier devient de plus en plus difficile pour de nombreux ménages. Ce phénomène accentue les inégalités sociales, avec un impact particulier sur les jeunes et les classes défavorisées qui se trouvent progressivement exclus du marché de l'accession à la propriété. Cette évolution du paysage immobilier soulève des questions importantes sur l'avenir du logement en France et la nécessité de repenser les politiques publiques pour garantir un accès équitable au logement pour tous.
Une ville en quête de solutions
Alors que Nancy, ville au riche passé industriel et universitaire, a toujours su se réinventer, la crise du logement met aujourd’hui en péril son dynamisme. Face à un marché sous tension, entre loyers inaccessibles et difficultés d’achat, la question demeure : quelles solutions pour éviter que la ville ne perde son attrait et ne devienne un terrain de plus en plus hostile à ses habitants ?