A Pulnoy, un projet de piste partagée ravive les tensions avec la mairie

La Rédaction
par La Rédaction
le lundi 10 mars 2025

La coupe d’une haie derrière leurs jardins a mis le feu aux poudres : des riverains du Golf de Pulnoy dénoncent un projet de prolongement de promenade, dont la facture s’élève à 150 000€ pour le Grand Nancy.

Cela peut paraître trivial au premier abord : la coupe d’une haie massive provoque l’ire des riverains, qui ne comprennent pas le soudain investissement destructeur de la mairie derrière leurs jardins. En somme, un épisode presque banal dans la vie de cité d’une petite commune française. Et pourtant : derrière cette coupe se trouve un projet exhumé (ou plutôt, ressuscité) des années 1990, facturé 150 000€ au Grand Nancy, en pleine période d’austérité budgétaire pour les collectivités.

Mais de quoi parle-t-on exactement ? Début janvier, les riverains de l’allée du Green découvrent le broyage de plus de la moitié du « corridor écologique » long de 140 mètres les séparant du parking dudit Golf de Pulnoy. Ce sont donc plus de 4 mètres d’épaisseur de végétation qui ont été rasés par les services de la Métropole, qui assurent n’avoir rien arraché… sans trop s’inquiéter de la faune s’y abritant. Selon le maire, la Métropole aurait agi d’elle-même, sans en prévenir ses propres services ni les habitants concernés… ce qui est préoccupant, étant donné l’autorité du maire sur sa commune en tant qu’agent de l’Etat. 

 

La haie partiellement détruite, pour laisser place au prolongement de la promenade. Photo de la rédaction.

Derrière la coupe, un projet chiffré à 150 000 euros

Si le maire se dédouane de cette intervention « brutale », selon ses propres mots, celle-ci émane pourtant de lui, souhaitant réaliser la jonction entre deux portions d’une « promenade » ou piste partagée entre piétons et cyclistes. Celle-ci a été réalisée dans les années 1990, afin d’offrir un accès piéton au tout récent golf, sur 300 mètres depuis le bourg. A présent, un portail condamne cet accès, en raison de nuisances constatées par la mairie.

En décembre 2019, il est décidé que cette piste soit renommée « Promenade Simone Veil ». Mais c’est début 2022 que l’un des nouveaux « conseils de quartier », tout juste créés par le maire Marc Ogiez, exhume ce projet de prolongement. Lors de la création de cette promenade, un prolongement vers l’allée de la Noire Corvée, qui relie le Golf au complexe sportif Jacques Anquetil, aurait été étudié. Il s’agirait donc de bétonner une piste 140 mètres pour relier ces deux tronçons, au prix de 150 000€ payés par le Grand Nancy. 

 

Plan du prolongement prévu par la mairie, la promenade existante et l'alternative de zone de rencontre proposée par les riverains.

Défaut de concertation et oppositions au projet

Le projet aurait été annoncé par réunion publique le 1er avril 2022 (pourtant introuvable dans la communication de la mairie) à laquelle les riverains auraient été invités « au moyen d’une distribution de flyers ». S’il n’y a pas eu d’opposition notable, on constate alors les défaillances de la concertation entreprise par la mairie ainsi que sa propre communication ; celle-ci se fait avec la publication Pulnoy en Bref, au cycle de parution irrégulier et à la réception dans les boîtes aux lettres encore plus irrégulière. Enfin, s’il y a bien eu une présentation du projet de la piste sous la forme d’un panneau, présenté dans le hall de la mairie au mois de juin 2024, la taille elle-même n’a pas été discutée.

Si la mairie défend son projet en arguant de l'utilité publique de la promenade (qui offrirait une alternative piétonne décloisonnant le complexe sportif), son discours sur les dépenses publiques des collectivités territoriales interroge. Est-il bien raisonnable de prôner l’austérité à Pulnoy, tout en faisant dépenser 150 000€ à l’agglomération, elle-même devant faire face à l’effort budgétaire imposé par le PLF 2025 ? « L’intendance suivra », disait-on. Mais les 140 mètres de piste goudronnée, qui ne profiteront qu’à quelques usagers, justifieraient-ils vraiment le coût annoncé ?

En réaction, les riverains s’organisent, d’abord lors d’une séance mouvementée du conseil municipal, puis en mobilisant via une pétition. Pour résoudre le conflit, la mairie organise une réunion publique le 11 mars à 18h au Centre socio-culturel de Pulnoy. Les riverains y défendront une proposition alternative, faisant de l’allée du Green, qui sépare les deux parties de la promenade, une zone de rencontre. L’idée est de donner la priorité aux piétons sur la chaussée et de limiter la vitesse des autres usagers à 20 km/h. La zone s’y prête bien : le quartier est résidentiel, peu de voitures y passent et les piétons font déjà usage de la route de cette façon. Bien que l’allée du Green soit coupée par une voie plus fréquentée, notamment par les clients du Golf, celle-ci est équipée de pistes cyclables menant au bourg.

Pour autant, faut-il qualifier cette mobilisation de mouvement dit « NIMBY » (« Not In My Backyard ») ? Ce type d’oppositions s’ancre dans la proximité territoriale du projet contesté, un refus instinctif sans réflexion structurée et rationnelle. Or, dans ce cas précis, les riverains avancent des arguments environnementaux mais aussi logiques, constatant l’évolution des besoins des usagers avec le temps.

Alors que la mairie tente de défendre son initiative au nom de l’utilité publique, la mobilisation des riverains met en lumière de sérieux problèmes. Ce projet entrepris au mépris de la biodiversité locale comme de la concertation citoyenne à Pulnoy incarne parfaitement la gestion maladroite de la commune depuis 2020, que nous traiterons davantage dans un prochain article. La réunion prévue le 11 mars pourrait offrir une issue pour trouver un compromis viable. Reste à voir si la mairie saura entendre et surtout comprendre ses critiques ou si le projet avancera, de force s’il le faut.